Le crayon

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Qu’il soit crayon de bois, crayon graphite, crayon de couleur ou crayon de papier, nous savons tous ce que désigne un crayon. C’est sans nul doute le premier outil de traçage qu’on nous confie entre les mains étant enfant, avant même le feutre et le stylo.
Son image nous renvoie à une multitude d’activités: l’écriture, le dessin, la géométrie, l’ébauche sur la pierre, le tracé de coupe… Le crayon est présent partout dans notre quotidien. Comment sommes-nous parvenus à faire du crayon un outil à la fois banal et indispensable? Comment sommes-nous arrivés à le décliner en autant de variétés, de marques, de couleurs, de graduations?
Son histoire commence il y a bien longtemps…

Que veut-dire crayon?

Avant même d’aborder son histoire, je me suis intéressée à l’étymologie de ce mot. Plus passionnant encore, je l’ai comparée à celle d’autres langues européennes. Cette analyse permet de comprendre très vite son histoire et son voyage au sein de notre continent.
Dans notre langue, crayon vient du vieux français croion qui signifie sorte de craie. Si je me penche vers matita, traduction italienne de crayon, j’observe une déformation du mot grec hématite, qui veut dire sang, sanguin. L’artiste a vite repéré le lien avec la sanguine, cette craie orangée très appréciée de la Renaissance italienne pour les ébauches.
En Espagne, on dit lápiz en référence au latin lapis, qui signifie pierre. Pour les Allemands, on utilise bleistift, littéralement mine de plomb (ah! ça doit parler à certains d’entres vous) et en anglais, on dit pencil, inspiré du mot latin penicillum « petite queue » en relation au pinceau mais aussi à la manière d’écrire.
Vous voyez? La perception du crayon varie énormément selon la culture artistique du pays. Ce qui est intéressant, c’est que toutes ces perceptions de l’outil crayon sont justes mais vues à des moments différents de l’histoire de l’art.

Définition du mot crayon

Cette définition est très personnelle et vient de mon expérience en matériel beaux-arts:

Le crayon est un outil de traçage qui dépose une poudre colorée et concentrée sur une surface.

Je tiens à préciser que cet outil dans sa version moderne ne doit pas salir les doigts, autrement je parle de craie, fusain, pastel, etc.

La Préhistoire et le crayon

Peinture des grottes de Lascaux II, Dordogne (24).

Peinture des grottes de Lascaux II, Dordogne (24).

Au Paléolithique, à l’époque de l’art pariétal (exemple: grottes de Lascaux), les mains et la bouche étaient les principaux outils de peinture. On appliquait à même la paroi le pigment avec le doigt ou la main ou alors on le soufflait par la bouche, l’ayant au préalable malaxé avec la salive.crayon-pigments-ocres-préhistoire

Toutefois, on retrouve des blocs d’ocre façonnés qui semblent avoir servi à crayonner des contours sur les parois. Bien évidemment, le bois de genévrier calciné, devenu une sorte de fusain, était lui aussi très utilisé pour réaliser des contours et des formes. On peut donc voir une version très primitive du fusain et de la craie d’art mais on ne peut pas encore parler de crayon comme on l’entend aujourd’hui.

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Crayons préhistoriques, Musée de la Préhistoire, Les Eyzies-de-Tayac

L’Antiquité et le crayon

 

calame en bambou à pointe taillée

calame en bambou à pointe taillée

Dans l’Antiquité égyptienne, le roseau taillé était utilisé par les scribes pour l’écriture et le dessin sur papyrus. On l’appelle communément le calame (qui vient de kalamos en grec ancien: roseau). En arabe moderne, le mot

Palette de scribe retrouvée en 1821 dans la tombe Amenhotep à Saqqarah

Palette de scribe retrouvée en 1821 dans la tombe Amenhotep à Saqqarah, Musée Champollion à Figeac.

qalam est resté comme instrument d’écriture.
On trempait la pointe du calame dans de l’encre pour obtenir un trait sur une surface de type papyrus ou parchemin.

 

Pour le dessin, à cette époque de l’Antiquité, on utilise encore beaucoup les pigments naturels de type ocres, terres naturelles ou calcinées et os calcinés. Quelques nouvelles couleurs apparaissent chez les égyptiens, notamment le bleu issu du lapis-lazuli ou du cuivre oxydé.

 

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Calame romain pour écrire en bronze – Musée du Louvre à Paris

Chez les Romains, on utilisait aussi des calames qui pouvaient être en roseau ou en métal .On se servait de disques de plomb sur des règles pour tracer des lignes sur des parchemins pour écrire droit. Le plomb était particulièrement apprécié pour l’écriture comme pour l’ébauche d’un dessin.

 

 

Le Moyen-Age et le crayon

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Mine de plomb du XIVe-XVe siècle, retrouvée dans la Seine, à Paris.
Musée du Moyen-Age à Paris

Dans l’art pictural, on commence à trouver des outils intéressants et proches du crayon. Dès le XIIe siècle, on trouve des mines de plomb. Ces mines sont fabriquées à partir d’un alliage de plomb et d’étain. Elles servent aux ébauches et aux tracés fins des enlumineurs et des artistes. Mais en raison de la grande fragilité de cette mine, on la gainait dans du cuir ou dans une châsse de bois. Ainsi la mine était maintenue sans pouvoir se casser. Leur usage a perduré jusqu’au XVIIIe siècle quand même!
D’autres formes de mines de plomb ressemblaient à une demi-lune gravée posée sur une pointe. Cette demi-lune servait à réaliser des tracés avec une règle et la pointe servait à dessiner ou écrire.

La Renaissance italienne et le crayon

C’est véritablement à la Renaissance italienne que l’on voit la forme du crayon arriver. Les artistes utilisaient un outil très intéressant: la pointe d’argent.

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Il s’agit d’une véritable petite tige d’argent gainée dans un manche en bois. Extrêmement fine et rigide, elle ne s’érode que très peu dans le temps. En revanche, elle ne s’utilise que sur un support préparé carta tinta (à base de colle et de poudre d’os) ou du gesso (colle de peau avec une charge blanche). Sans préparation, la pointe d’argent est inutilisable.

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La pointe d’argent permet l’exécution de traits d’une rare finesse et, au contact de l’air, l’argent s’oxyde vers des tons bruns chauds.

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Dessin de Dorothea Meyer à la point d’argent de Hans Holbein le Jeune

Même si la pointe d’argent est devenue désuète à partir du XVIe siècle car elle nécessitait une préparation de support très contraignante, un regain d’intérêt pour la pointe d’argent est survenu au début du XXe siècle avec l’école préraphaélite. Certains artistes contemporains l’utilisent encore et la détournent pour des créations personnelles.
C’est un outil que l’on trouve en fait très facilement en magasin de beaux-arts.

Je viens de faire tout ce prologue sur les versions primitives du crayon pour mieux situer son avènement à partir du XVIe siècle. C’est à partir de ce moment, que l’on va réellement voir sa forme moderne: mine dans une gaine de bois.

Suivez-moi dans le chapitre du crayon de papier!