Le papier

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Rayon papier en magasin: comment faire son choix parmi tous ces papiers?

Comprendre le papier que j’achète en magasin

Je ne compte pas ici raconter l’histoire du papier et son évolution au cours des siècles.
Je souhaite ici m’adresser à ceux qui vont en magasin acheter du papier et qui sont déconcertés par la multitude de marques et de produits sans savoir exactement que choisir. Voici une petite liste de critères qui peut orienter votre choix.

Quelle utilisation je compte faire de mon papier?

C’est la première question que je dois me poser: à quelle technique vais-je dédier l’achat de ce papier? Dessin au crayon ou au fusain, pastel, feutre, acrylique, huile, aquarelle, gouache?

  • Pour une technique sèche, un bon papier doit supporter la mine d’un crayon et la pointe d’un fusain, être suffisamment résistant au passage de la gomme ou gomme mie de pain et doit permettre de remplir une surface de manière homogène.
  • Pour le pastel, un bon papier est suffisamment poreux et solide pour accrocher la poudre de pigment déposée par le bâtonnet de pastel et doit permettre l’estompe.
  • Pour l’aquarelle ou la gouache, un bon papier doit être absorbant sur toute sa surface, doit supporter le gommage des traits de crayons, permettre d’enlever la drawing-gum sans arracher la surface. Il ne doit pas pelucher au mouillage.
  • Pour les techniques en pâte comme l’acrylique ou l’huile, un bon papier doit être enduit pour recevoir des solvants en huile ou de la pâte « plastique » en acrylique. Il ne doit pas gondoler au passage de la peinture et de l’eau.

Quel format je recherche?

En France, on trouve différents types de formats dont les deux principales familles sont soit issues des maîtres-papetiers, soit issues des formats administratifs.
Vous allez trouver du papier format raisin (50×65 cm), grand-aigle (70×100 cm), etc. Ces dénominations viennent des filigranes que les maîtres-papetiers apposaient sur leurs feuilles pour signaler le format et l’origine de la feuille.
Lorsqu’on vous parle de A5, A4, A3, il s’agit de formats administratifs élaborés pour respecter le rapport Longueur x largeur égal à √2. La base est le A0. Il a une surface de 1m2 pour une dimension de 84,1 x 118,9 cm. Quand on plie la feuille sur sa longueur, elle respecte toujours ce rapport de √2.
Lorsque vous achetez un format de papier, pensez aussi à un stockage adapté!

Formats administratifs du papier

Quel conditionnement m’intéresse?

Est-ce que je souhaite acheter du papier à l’unité ou en bloc? Si je souhaite découvrir un papier, l’achat d’une feuille est peut-être plus judicieux pour ne pas hériter d’un bloc de papier qui ne me convient pas.

Voici aussi différents éléments qui peuvent vous paraître difficiles à comprendre.

Le grammage du papier

Le grammage est le poids d’une feuille de papier. On considère que le papier pèse entre 30g/m2 et 225g/m2. Au delà, il s’agit d’un carton. Ceci ne s’applique pas forcément au papier à dessin, car on peut trouver du papier aquarelle à 300g/m2 voire plus.
Le grammage est issu de la multiplication de la surface de la feuille par son poids au mètre carré.
Plus le papier a un grammage élevé, plus il sera épais et donc dédié principalement à des techniques humides de type aquarelle, acrylique, huile, etc.
Plus le grammage est faible, plus le papier sera fin et utilisé pour des techniques sèches.
Le risque de choisir un papier inadapté peut le faire gondoler.

La composition du papier

Lorsque le papier est arrivé en France au XIVe siècle, la matière première était le vieux chiffon. Ce composant a perduré pendant des siècles avant que l’industrialisation ne vienne apporter de nouvelles matières pour le papier. Aujourd’hui, le vieux chiffon s’utilise encore pour fabriquer des feuilles de papier haut-de-gamme faites à la main par certains moulins (voir page sur Canson et sur le moulin Richard-de-Bas). On retrouve ce papier pour la pratique de l’aquarelle notamment.
De manière plus courante, on utilise la cellulose ou de coton pour fabriquer une pâte à papier à destination des artistes. Sinon, on fabrique communément de la pâte à fibres de bois qui composent la pâte mécanique ou pâte chimique. On utilise des bois de type résineux (pin, épicéa, etc.)
Concernant les papiers destinés à la peinture acrylique ou à l’huile, les papetiers enduisent le papier d’une couche de résine acrylique sur les fibres relativement longues de la feuille. Cela permet d’augmenter la durabilité.
Pour le papier pastel, la surface est rendue poreuse à l’aide d’une poudre abrasive comme la ponce (attention aux doigts pendant le travail !). Le papier velours est recouvert d’une couche de peluches de laine pour une accroche très douce.

Aspect de surface du papier

Le papier peut revêtir différents aspects à sa surface qui vont venir modifier la diffusion de la peinture. Vous avez des surfaces brillantes ou mates. Ensuite, le grain peut être vergé (apparition d’une trame lignée sur le papier issue du « plateau » qui a ramassé la pâte à papier). Il peut être aussi à grain lisse, satiné, fin, fort, torchon, gaufré (pour les papiers destinés à l’acrylique et l’huile). Il peut contenir par ailleurs des inclusions de végétaux mais ne se destine pas forcément au dessin.

Différents types de papiers et leurs caractéristiques
Aspect de surface des papiers à peinture et à dessin

Fabrication du papier

Le papier est fabriqué à l’aide d’un grande machine à papier au travers de différentes étapes fondamentales.

Machine à papier industrielle

En aquarelle, on entend souvent parler de la forme ronde. C’est une machine un peu en marge mais qui permet de faire des papiers de haute qualité, résistants, homogènes, au grammage élevé et aux grains variés.

Machine à forme ronde

Charge(s) appliquée(s) au papier

La plupart des papiers contiennent des charges: craie, blanc de titane, kaolin, qui viennent se loger entre les fibres. On peut y ajouter de la colle comme liant entre toutes les fibres: amidon, colle de peau, etc. On cherche ainsi à améliorer la qualité du papier et augmenter sa durabilité. Tout ceci permet une bonne accroche de la peinture sur le papier.
Pour assurer la blancheur du papier, certains fabricants ajoutent des azurants optiques, des traitements au chlore ou au peroxyde de sodium. Si vous voyez marqué sur le bloc de papier « OBA free« , c’est que le papier ne contient pas d’azurant.
De cette manière, le papier se conserve plus longtemps.

Conservation dans le temps du papier

La conservation dans le temps de vos dessins et peinture est un paramètre à ne pas occulter. Si vous exposez ou vendez vos oeuvres, il est primordial de promettre la pérennité de vos travaux. Si vous gardez vos créations chez vous, par affection ou nostalgie, vous devez prendre en considération les conditions de stockage de vos papiers.
La plupart des papetiers ont pris en considération cette problématique et les composants, les charges, les colles, etc. permettent une longue conservation dans le temps (500 ans garantis chez certains papiers).
Ceci dit, si vous gardez vos dessins dans des conditions humides ou chaudes, le papier risque de mal le vivre. Plus le papier est bas de gamme, plus il est sensible à la chaleur, la lumière et l’humidité. Le papier journal, par exemple, ne supporte pas la lumière et jaunit au bout de quelques jours d’exposition.
Pour stocker vos créations, il existe des porte-vues ou des cartons à dessin capables de recevoir et garder vos feuilles à l’abri du soleil et des UV.

Recyclage du papier

Il s’agit ici d’une prise de conscience écologique et économique de notre papier. Est-il issu du recyclage de papiers? Peut-il être recyclé et avoir une deuxième vie?
Un papier provenant du recyclage est généralement de couleur un peu grisâtre. Il sert essentiellement au dessin. En général, il ne rencontre pas beaucoup de succès car les dessinateurs ont l’habitude d’avoir un papier très blanc.
Le papier que nous utilisons peut être traité comme un déchet vert, donc partir au recyclage.
La question aussi que nous pouvons nous poser est le rapport à la norme FSC (Conseil de Soutien de la Forêt). Les papetiers ont-ils le souci d’acheter leur matière en étant responsable de sa provenance?
FSC: 100% issu de forêts bien gérées
FSC: Recyclé, fabriqué à partir de matériaux recyclés
FSC Mixte, issu de sources responsables
Ces logos apparaissent souvent sur les blocs de papier.
Voir article sur les idées reçues sur le papier et la déforestation.

Logo FSC pour indiquer que le fabricant respecte la forêt

En marge du papier classique, voici une petite présentation de supports pour dessiner.

Le papier calque

C’est un papier de pure cellulose traité pour devenir transparent à l’aide d’une méthode chimique. Le papier est traité par un enduit de résine acrylique.
C’est un papier qui accepte très bien l’encre et le crayon. Il supporte mal les techniques à l’eau qui vont le faire gondoler. Il peut être légèrement gratté en surface.
Son utilisation principale doit permettre le transfert de tracés par pression sur l’envers de la feuille. Toutefois, il peut être utilisé comme support de dessin pour réaliser des montages.

Le papyrus

Le papyrus, dans l’histoire des supports à dessin, est le troisième à apparaître. Il est réalisé à partir de longues tiges de papyrus donc la structure fibreuse permet de superposer perpendiculairement les segments. Une fois tressée, la feuille reçoit un encollage à base d’amidon puis elle est pressée et battue à l’aide d’un maillet.
On trouve encore du papyrus en magasin de nos jours. Chaque feuille est unique et faite à la main. Pour l’utiliser au mieux, il faut l’encoller ou le tenir sur un support plat et, si vous pouvez, l’apprêter avec un gesso transparent pour peindre dessus facilement.

Le parchemin

Le parchemin a été un support d’écriture et de dessin très présent en France jusqu’au XIVe siècle. En effet, l’arrivée du papier a été très tardive dans notre pays.
C’est de la peau d’animal récupérée pour être traitée chimiquement. Ensuite on enlève tous les poils et les particules indésirables et on ponce sa surface.
De nos jours, sa vente reste très confidentielle car les prix sont particulièrement élevés. C’est un support en abandon.
On peut toutefois l’utiliser pour de l’acrylique, de la gouache, acrylique ou pastel.
Dans la même lignée, le vélin est issu de la peau de veau mort-né. Il est aussi traité chimiquement et poncé comme le parchemin. Son aspect est blanchâtre et son épaisseur d’une très grande finesse. Idem que le parchemin: son utilisation a été abandonnée mais on retrouve cette appellation dans le jargon du papier.

Bibliographie:
Le papier, Yves Delpuech, Editions Yves Delpuech
Dictionnaire des matériaux du peintre, François Perego, Editions Belin, 2005

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